Vous pouvez vérifier mon innocence

Il est rentré des Jeux du Commonwealth à Gold Coast, Australie 2018 avec le sourire aux lèvres et aussi des larmes aux yeux. Alain Didier Ngatcha, 48 ans, est devenu le tout premier coach de boxe camerounais à remporter une médaille (en argent) lors de ces Jeux. Néanmoins, ce record s’est accompagné d’un profond regret. Comme en 2014, lors des Jeux du Commonwealth de Glasgow où deux de ses athlètes ont fugué, le digne fils de Bangangté dans la région de l’Ouest a vu cinq de ses huit pugilistes (quatre garçons, une fille) surentraînés pour la compétition fondre dans la nature. Qu’est-ce qui s’est réellement passé en Australie? Que deviennent ces boxeurs? Le coach a-t-il été inquiété? Comblera-t-il le vide créé? Le diplômé de l’Institut national de la Jeunesse et des Sports (INJS) s’exprime dans cette interview, exclusive, accordée au magazine People, «Nyanga».

Comment appréciez-vous les performances des boxeurs camerounais lors des récents Jeux du Commonwealth? 

Je suis satisfait, car nous sommes rentrés au bercail avec une médaille d'argent, une première pour le Cameroun dans cette discipline. Nous aurions pu ramener une médaille d'or.

 S'agissant de votre discipline, pouvezvous nous éclairer sur les fugues de vos éléments?

 Ce n'est plus un secret de Polichinelle. Cinq de nos meilleurs athlètes ont pris la clé des champs. Mais cela n'a pas été que l’apanage des boxeurs. C’est, néanmoins, une grosse déception pour moi car nous avions abattu un travail de longue haleine par anticipation pour préparer d'autres grandes compétitions comme les Jeux olympiques de Tokyo 2020. 

Avez-vous le sentiment qu’ils avaient prémédité leur coup? 

Non! Trois d'entre eux sont monté sur le ring. La seule femme du groupe a même gagné son premier combat avant d’être déclarée forfait par la suite. Nous sommes partis étant animés par un esprit patriotique et de vainqueur. Une fois en terre australienne, je ne les ai pas reconnus. Et puis, c’est moi qui détenais tous leurs passeports. J’ose croire qu’ils se sont laissés séduire par des personnes malveillantes en Australie. 

Aucun d'eux ne vous aurait rien soufflé ou n'avez-vous à aucun moment soupçonné de tels projets?

 Comment j'aurais pu être de mèche avec eux alors que je suis rentré avec leurs passeports, qui sont d'ailleurs entre les mains de l’administration? Et puis tous avaient déjà un palmarès de champion. Donc, nous ne pouvions pas imaginer cela venant d’eux. Ils fuguaient en catimini, l'un après l'autre.

Peut-on s'attendre à des représailles contre vous? 

J'ai pris des dispositions afin de prévenir ce désastre. Vous pouvez vérifier mon innocence. Je n’ai donc aucune raison d’être inquiet. De plus, je suis rentré avec mon champion qui est un exemple pour les autres. 

Vous dites avoir pris des mesures pour anticiper. Cela signifie donc que vous n’êtes pas à votre première expérience face au phénomène? 

En 2014, j’ai perdu deux boxeurs aux Jeux du Commonwealth de Glasgow en Ecosse.

 Avez-vous de leurs nouvelles depuis leur escapade?

 Aux dernières nouvelles, ils sont toujours en Australie où on leur a déjà octroyé le «Bridge Visa» (un passeport temporaire). Certains ont même déjà trouvé des clubs. Mis à part ça, c'est le silence total.

 Au cas où ils rebondissent avec brio làbas, accepteriez-vous une quelconque proposition de leur part? 

Je garderai toujours ma position de technicien selon laquelle, j'ai besoin des meilleurs éléments possibles pour que l’équipe nationale soit compétitive. S'ils décident de revenir et que je n'ai pas mieux qu'eux, et qu'ils n'ont pas changé de nationalité, je les réintègre. Rappelezvous le cas d'Essomba Thomas.

 Qu'est-ce qui est fait pour pallier cet handicap qu'ils ont laissé à l'équipe? 

Comme entraîneur de club, nous travaillons toute l’année. Et je collabore aussi avec des entraîneurs régionaux qui me font part des performances de leurs poulains selon les catégories. Nous préparons déjà une nouvelle équipe nationale de boxe, des poids plumes aux poids lourds, avec pour objectif de roder la plupart pour de grandes compétitions à venir. 

Une ambition professionnelle…

 Mon rêve est de gagner une médaille olympique, car depuis 1968 avec Joseph Bessala au Mexique et 1984 avec Ndongo Ebanga à Los Angeles, le Cameroun n’a plus remporté de titre olympique en boxe. 

Parlons maintenant de votre vie privée. Vous êtes une progéniture du vivre ensemble…

 Oui. Je suis né le 9 avril 1970 à Sa’a dans la Lékié, au sein d’un foyer monogamique dont l’un des parents est Manguissa et l’autre Bangangté. Je suis le septième enfant de ceux-ci.

 Quel est votre plat préféré? 

Le couscous de manioc accompagné de la morue à la sauce pistache, le tout avec une bière Isenbeck bien glacée. Même si j’apprécie aussi le poulet au «ndolè» avec les frites de plantain. 

Qu’est-ce qui vous met hors de vous... ? 

Lorsque les enfants n’assimilent pas les enseignements que je leur prodigue, par distraction. Surtout quand je prends la peine de leur expliquer avec des démonstrations. Or, un athlète doit toujours être concentré. Donc de tels athlètes me font facilement sortir de mes gongs.

 

BIO EXPRESS

Alain Didier Ngatcha Né le 9 avril 1970 à Sa’a Marié et père de cinq garçons

 PARCOURS SCOLAIRE

1982: CEPE (Les Sources, Madagascar à Yaoundé)

1988: BEPC (CES Ngoa-Ekelé)

1990: Probatoire (Lycée de Dschang)

1992: BAC D (Lycée de Dschang)

 1997: Licence en droit public (Soa)

1998-2001: INJS de Yaoundé

 CARRIÈRE PROFESSIONNELLE

2002-2007: Entraîneur provincial/régional à l’Ouest

 2007-2014: Entraîneur adjoint de l’équipe nationale des jeunes

Depuis 2014: Entraîneur national seniors messieurs

Mars 2014: Champion d’Afrique Zone 3, Yaoundé (7 médailles d’or)

Juin 2014: CAN de boxe en Afrique du Sud (2 médailles d’argent)

Mars 2015: Champion ex-aequo d’Afrique Zone 3, Gabon (5 médailles d’or)

 Septembre 2015: Jeux africains de Brazzaville au Congo (1 or, 2 argent, 1 bronze)

Mars 2016: Tournoi qualificatif Jeux olympiques au Cameroun (2 or, 1 bronze. 1erplace et 3 boxeurs qualifiés pour les Jeux de Rio)

Août 2016: 8ede finale aux Jeux olympiques de Rio, Brésil

May 2017: Médaille de bronze aux jeux islamiques de Baku, Azerbaïdjan

 Juin 2017: Champion d’Afrique Congo Brazzaville (6 or, 2 argent, 1 bronze)

Septembre 2017: Médaille de bronze au championnat de Monde en Allemagne

 Janvier 2018:médaille d’or au Tournoi India Open Boxing

 Avril 2018:médaille d’argent aux Jeux du Commonwealth en Australie

STAGES PROFESSIONNELS

12 novembre 2003: Stage au Comité international olympique à Yaoundé

17 avril 2013: Stage au Programme Antidopage Entraîneurs Franc-Jeu à Yaoundé

27 février 2014: Stage AIBA 1- Star Coach à Yaoundé

 8 mars 2016: Stage AIBA 2- Star Coach à Yaoundé

15 juin 2017: Diplôme du Cycle international du sport d’élite Lausanne- Suisse

 24 août 2017: Stage AIBA Team Cutman à Hamburg en Allemagne


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