NYANGA | Tenor sur un nuage

Tenor sur un nuage

Tenor, elle laisse aussi entrevoir le style musical du jeune homme qui a su gagner les coeurs il y a deux ans. Ce style est différent de celui des autres. Il lui a permis de se démarquer, et surtout n’est pas né du fait du hasard. Tenor, digne fils d’Akonolinga (chef -lieu du département du Nyong et Mfoumou, Région du Centre), tout juste âgé de 20 ans, est très attaché à ses racines. L’un de ses rêves, devenir porte-flambeau de son pays à travers le monde. Pour y parvenir, son quotidien est travail acharné, sacrifice et regard résolument tourné vers l’avenir. Tenor sait ce qu’il veut. Il est là pour durer !

Certains le décrivent com - me le phénomène de la musique camerounaise, d’autres comme un génie. Tenor, puisqu’il s’agit de lui, a réussi à gagner très vite du terrain, dans le domaine de la musique urbaine locale. Nous sommes en 2016, lorsqu’il se dévoile à travers le titre «Do le dab». Il conquiert d’abord le coeur des jeunes, et son talent lui permettra d’adjoindre à sa «fan base» des personnes plus âgées. Son style musical impressionne, ses textes ensuite et enfin son look.

Tenor aime choquer. Il préfère faire planer le doute sur sa personnalité, et surtout surprendre. Rien d’étonnant pour celui qui aimerait marquer le temps comme son idole. «Il faudrait que je sois une grande icône, comme Bob Marley. Une icône qui représentera valable - ment toute sa vie, le Cameroun chéri. Marley a son image même dans les pays dont il ignorait l’existence de son vivant», confie le jeune chanteur. Pour y parvenir, pas de place au répit, il travaille dur jour et nuit, se donne à fond et exclut les distractions, avec à ses côtés sa mère et une équipe au fait des rouages de la musique urbaine. Tenor est le fruit d’un travail qui a commencé des années plus tôt.

ETAPES DÉTERMINANTES

Dernier né d’une fratrie de 5 enfants, Thierry Mengoumou Ayia, de son vrai nom, est pris très jeune par le virus de la musique. Il intègre dans un premier temps une chorale. Thierry veut faire carrière dans la musique. Peu importe le domaine musical, il est preneur. En 2010 le contact avec le rap, lui fera changer d’avis. Il est âgé de 12 ans. «J’écoutais beaucoup tout ce qui se faisait en matière de rap. J’ai aimé et j’ai décidé d’en faire. J’ai eu une facilité d’apprentissage accélérée, avec mon grand frère de sang Ghislain La Roche. C’est lui qui m’a beaucoup aidé à travailler. Quand j’ai eu un certain niveau, j’ai pu entrer en studio». De ces essais, nait le freestyle «Nathalie».

Ce titre, convainc Dex Willy de War machine de lui donner sa chance. Les internautes accrochent. Thierry est plus que jamais déterminé à saisir cette opportunité. «Après le succès de «Nathalie» dans le milieu urbain, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose de plus lourd. Je suis rentré chez moi, j’ai écrit «Do le Dab». J’ai appelé Dex Willy pour lui dire que c’est cette chanson qui va changer ma carrière». Le succès qui suivra à la sortie du titre ne l’étonnera pas.

Tenor est très sûr de lui. Il sait exacte - ment d’où il vient et surtout ce qu’il souhaite dans l’avenir. Le choix de son style musical se fera en connaissance de cause. «Pour faire de la musique, il faut forcément être authentique. Si tu apportes ce que les autres font déjà, alors tu n’ajoutes rien de nouveau. Je me suis dit qu’il faut être original. Le choix de mon style s’est effectué naturellement. Je suis Béti, je suis d’Akono - linga, je suis Ewondo.

J’ai le devoir de vendre la culture camerounaise, de vendre ma culture!» Avec la sortie de «Do le Dab» en 2016, sa carrière musicale est officiellement lancée. A quelques mois de sa sortie, le titre totalise déjà plusieurs milliers de vues sur Youtube et la frénésie s’empare des lieux de réjouissances. D’autres titres vont suivre, des collaborations aussi. De nombreux artistes le sollicitent. Fort de cette notoriété, Tenor prend la décision de faire une autoproduction. Son titre «Bad Things» est estampillé «Ebanflan en pire», mais il n’est point question d’une maison de production. La décision de voler de ses propres ailes fera d’ailleurs couler beaucoup d’encre et de salive.

Des personnes évoquent des différends avec le boss de War Machine, d’autres un procès qui serait en cours à la sortie de ce nouveau single. Interrogé sur le sujet, c’est d’abord un fou rire qui s’empare de lui. «J’ai été moi-même étonné d’apprendre que je serais trainé en justice par Dex Willy. Ce n’est que du buzz. Les gens aiment bien quand ça bavarde, quand ça «clashe!» ». Dossier clos. «J’ai toujours fait de la musique pour montrer aux jeunes, qu’ils n’ont pas forcément besoin d’une personne pour faire ce qu’ils ont à faire». Son départ de War Machine devrait alors servir d’exemple.

Si Tenor veut voler de ses propres ailes, il est déjà dans le collimateur de grandes maisons de production. Quelques mois après la sortie de «Bads Things», son manager annonce sa signature avec Universal. Une grande première pour un artiste d’Afrique Centrale ! Tenor inscrit ainsi son nom dans l’histoire. Aucun artiste dans la sous-région avant lui, n’avait encore réussi à décrocher un contrat avec l’illustre maison de disques. Ce contrat s’ajoute alors à son palmarès comme un trophée. Révélation de l’année, artiste de l’année, meilleur clip de l’année aux Balafon Music Awards. En 2017, Tenor croule sous les récompenses et spectacles. La même année, il devient ambassadeur d’une boisson.

LA TÊTE SUR LES ÉPAULES

«Je crois que l’inspiration des oeuvres de l’esprit est divine. On n’explique pas ça, s’il y avait un chemin pour l’inspiration, on l’aurait découvert et chacun l’aurait suivi» explique-t-il pour parler de son travail. Il faut dire aussi que Tenor est une tête bien faite. Mais ceci ne l’empêchera pas de faire un choix tranché entre carrière et école. Dans celui-ci, sa mère Mariane le soutient et croit en lui. «Ma mère joue le rôle que toute mère a auprès de ses enfants. Ma mère m’a toujours soutenu.

JE SOUHAITE DEVENIR UNE GRANDE ICÔNE DE LA MUSIQUE AFRICAINE, COMME BOB MARLEY. UNE ICÔNE QUI REPRÉ! SENTERA VALABLEMENT TOUTE SA VIE, LE CAMEROUN CHÉRI.

Les parents aujourd’hui ne perçoivent pas la musique comme un domaine porteur, encore moins le rap. J’étais en classe de Terminale quand j’ai choisi de faire de la musique. J’avais l’âge qu’il fallait. J’étais un très bon élève, mais ma mère a pris sur elle de financer mon travail musical et de m’encourager». Il suffit de jeter un coup d’oeil sur leurs pages respectives sur Facebook, pour voir à quel point ils sont liés. Sur celle de Tenor, on peut lire en l’occurrence la mention «en couple avec Mariane…» (Sa mère). Surprenant ! Surtout qu’au courant de l’année 2017, plusieurs liaisons féminines lui sont attribuées sur la toile.

Lors de notre entrevue, il fait vite de dissiper ce nuage de confusions. «Ma petite amie c’est ma mère. Avoir une petite amie, c’est du temps. Moi j’en ai de moins en moins. Avec les filles de mon âge c’est encore plus compliqué. Elles ont besoin d’énormément d’attention. Je préfère me concentrer sur ma carrière et sur mes objectifs. Avec la grâce de Dieu, je trouverai quelqu’un à ma pointure». On reste donc focus ! Surtout que Tenor bosse pour durer. Plutôt que de rentrer dans les détails de ses projets sur du court terme, il expose clairement où il voudrait se retrouver dans les décennies à venir.

«Avec le temps et les petites expériences, je comprends que le présent est quelque chose de très court. Avant moi, il y a eu des artistes, qui ont fait beaucoup de choses et qui se sont éteints. C’est la raison pour laquelle, il faut avoir une vision sur la durée. Moi je ne me projette pas juste dans les années à venir, je visualise ce qui doit se passer dans ma carrière en 2050. A cette date là je me vois très riche. Je terminerai soit comme Michael Jackson, soit Bob Marley». Pas de place au doute. «Quand tu dis à quelqu’un que tu fais de la musique, il te dit et si demain ça ne donne plus ? Pourtant lui-même on peut le licencier à tout moment», ajoute-t-il.

En attendant 2050, c’est à fond que Tenor profite de tous les moments précieux générés par sa vie d’artiste. «J’ai compris que pour tenir dans ce métier, il faut avoir un mental d’acier. C’est difficile, mais j’aime l’adrénaline qu’il procure. Quand je vois aussi l’amour que me donnent le public et les fans, ça fait plaisir. ça donne envie de travailler et de continuer». Son premier EP (Extended Play) sous le couvert d’Universal est sorti le 18 mai dernier. Il s’intitule «Nnom Ngui» (le chef) et marque donc un tournant de sa carrière musicale.

"J’AI TOUJOURS FAIT DE LA MUSIQUE POUR MONTRER AUX JEUNES DE MON ÂGE, QU’ILS N’ONT PAS FORCÉMENT BESOIN D’UNE PERSONNE POUR FAIRE CE QU’ILS ONT À FAIRE"

TENOR Nom de naissance : Thierry Mengoumou Ayia Date et lieu de naissance : 11 avril 1998 à Yaoundé Genre musical : rap, hip-hop SINGLES (11 titres entre 2014 et 2018) 2016 :Do le dab 2017: Kaba Ngondo 2017: Purple Lamborghini (african remix) 2017: Bad Things 2018:Alain Parfait EP 2018:Nnom Ngui CollaboraTionS 2017:Déranger de Mani Bella 2017:Chicoter les tympans de DJ Arafat 2017 :On ne vous a pas laissé de Ghislain Dimaï 2017 : Power 1&2


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