l’école à l’épreuve

 La consommation des stupéfiants a pris de l’ampleur en milieu scolaire, touchant même les établissements réputés pour leur rigueur.

«Il n’y a pas longtemps, un policier m’a ramené un élève trouvé endormi sur la voie publique où il avait visiblement passé la nuit. Il manifestait des signes de fatigue mais se montrait insolent. Il a continué son sommeil dans le coin où je l’avais fait placer. Lorsqu’il a repris ses esprits, il était complètement confus et se souvenait vaguement que ses amis lui avaient fait prendre du Tramol ». C’est Jean Pierre Voundi Abaondo, proviseur du lycée de Nkolndongo à Yaoundé, qui rapporte les faits. Au lycée d’Elig-Essono, deux élèves de première sont actuellement sous le coup d’une exclusion de huit jours, après avoir été pris en flagrant délit de consommation de drogue. L’un des élèves a d’ailleurs été placé en cure de désintoxication.
Depuis quelques années, la circulation et la consommation des stupéfiants dans les établissements scolaires a atteint la cote d’alerte. Parmi les produits utilisés, des filons de cannabis. Mais aussi de la cocaïne et de l’héroïne. Le Tramol est le plus prisé car facilement accessible : le cachet coûte 50 F. Dans différents établissements où des enquêtes ont été ouvertes, il est établi que ces produits sont introduits soit par les commerçants habiletés à vendre des produits alimentaires, soit par les élèves clandestins et même d’autres régulièrement inscrits. De plus, des lieux de consommation extérieurs ont été clairement identifiés dans la ville, notamment le carrefour Bastos à Yaoundé. « Dernièrement à la réunion des parents d’élèves, les responsables du collège nous ont clairement demandé de rejeter toute invitation à une fête devant conduire nos enfants dans les lieux de divertissement du coin », assure un parent d’élèves du collège de La Retraite.
 « Nous ne renvoyons pas systématiquement. Nous sommes des éducateurs et nous comprenons bien que les élèves sont des victimes d’un marché bien organisé dont les acteurs sont tapis dans l’ombre », affirme Bienvenu Libomane Bolla, proviseur du lycée technique de Nkolbisson. Au lycée de Nkolndongo, « dès qu’il y a un cas, l’élève est pris en charge. On convoque ses parents. Il est secoué sur le plan disciplinaire avant de recevoir par la suite nos conseils », déclarent les enseignants. Les méthodes trop fortes qui conduisent au renvoi de l’enfant, sont d’après eux une autre forme de démission. Des établissements ont opté pour la fouille systématique à l’entrée de l’établissement, les fouilles inopinées dans les salles de classes. Hors du milieu scolaire, les autres éducateurs prennent la relève. Certains parents choisissent de parler ouvertement des dangers de la drogue. D’autres mettent un point d’honneur à choisir les compagnies de leurs enfants et les programmes qu’ils regardent à la télévision.


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